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Une larme sur l'océan  Carte d'identité
– Population : 19 670 000 habitants. – Superficie : 65 610 km2 (soit 1/9 de la France). – Densité : 314 habitants au km2 (en France, 107 habitants). – Langues : cingalais (74 %), tamoul (18,5 %) et anglais (10 %). – Monnaie : roupie sri lankaise (1 € = 150 roupies environ). – Chef de l'État : M. Mahinda Rajapakse. – Régime : démocratie présidentielle. – Capitale commerciale : Colombo (1,5 million d'habitants). – Capitale administrative : Sri Jayawardhanapura. – Taux d'alphabétisation : 92%. – Chômage : 8,5 % de la population active. – Mortalité infantile : 15,9 ‰. – Terres cultivées : 33 %. – PNB par habitant : 967 US $. – Inflation : 6,4 %. --Espérance de vie : 72 ans – Économie : une croissance voisine de 5 %, une inflation limitée à 1 chiffre et un PIB par habitant en constante progression constituent des indices satisfaisants. Reste qu'au Sri Lanka, plus d'une personne sur 5 vivait en-dessous du seuil de pauvreté, chiffre d'avant le tsunami : la situation a clairement empiré, notamment avec les centaines de milliers de familles privées de maison. De plus, la colossale dette publique représente 105 % du PIB, rognant toute marge de manœuvre. L'économie sri lankaise repose sur plusieurs piliers : l'industrie textile, l'agroalimentaire et, de plus en plus, les services (surtout les banques, les assurances et les télécoms), qui emploient désormais la moitié des actifs du pays.
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|  Données historiques |  | Autrefois habitée par des tribus australoïdes dont descendent les Veddas, l'île fut colonisée quelque cinq siècles avant notre ère par des Indo-Européens, les ancêtres des Cinghalais d'aujourd'hui. Le bouddhisme aurait été introduit au IIIe siècle avant notre ère par le prince indien Mahinda, fils ou frère de l'empereur indien Ashoka. Cette religion s'implanta dans l'île qui devint un bastion du bouddhisme.
Puis, deux siècles plus tard, les Tamouls du sud de l'Inde tentèrent de conquérir l'île (appelée Ceylan). Ils restèrent très liés sur les plans culturel et religieux (hindouisme) à l'État du Tamil Nadu (Inde), leur «pays d'origine». Les deux grands groupes ethniques se constituèrent de petits royaumes. Au cours des siècles, les rois étaient parfois cinghalais parfois tamouls. Avant la période coloniale et l'arrivée des missionnaires chrétiens, il n'y avait généralement pas d'antagonisme entre les différents groupes religieux de l'île. Les «frontières ethniques» étaient relativement «poreuses» et imprécises. Pendant plusieurs siècles, les mariages mixtes furent même fréquents; par exemple, des rois cinghalais du royaume de Kandy au centre du pays épousèrent des femmes tamoules afin de consolider les liens entre les différentes ethnies. Néanmoins, des tensions entre les communautés subsistaient, car certaines organisations bouddhistes développèrent chez les Cinghalais des complexes de supériorité aux dépens des Tamouls.
Par ailleurs, à partir du VIIIe siècle, et ce, jusqu'au XIIIe siècle, l'expansion de l'islam et la domination du commerce arabe firent en sorte que des musulmans s'installèrent en grand nombre au Ceylan et plusieurs épousèrent des femmes tamoules. Ce phénomène s'est produit à une grande échelle au XIIIe siècle lorsque les Cinghalais commercèrent avec les Arabes.
1 La domination européenne
Les habitants de l'île de Ceylan connurent trois dominations européennes successives: celle des Portugais, celle des Hollandais, puis celle des Britanniques.
- La période portugaise (1505-1568)
L'arrivée des Européens débuta dans les premières années du XVIe siècle, avec l'implantation des Portugais (1505-1568) qui introduisirent des missionnaires catholiques. Les Portugais s'installèrent d'abord dans le nord de l'île, c'est-à-dire en sol tamoul, et pratiquèrent un catholicisme agressif. Ils détruisirent plusieurs temples hindouistes et obligèrent un certain nombre de Tamouls à se convertir au catholicisme.
Lors de la colonisation portugaise, l'administration de l'île fut scindée en deux: il y eut une administration, une justice, un gouvernement pour les Tamouls et une autre système parallèle pour les Cinghalais; les documents officiels étaient rédigés généralement en portugais.
La domination portugaise irrita le roi de Kandy qui, pour protéger son royaume, demanda l'aide des Hollandais, les concurrents directs des Portugais sur le plan commercial en Asie. Dès 1638, les Hollandais s'emparèrent de Batticaloa (côte est du centre de l'île), puis Trincomalée (plus au nord), Colombo (côte ouest), Mannar (au nord-ouest) et, en 1658, Jaffna (au nord). Les derniers Portugais abandonnèrent l'île en 1668.
- La période hollandaise (1568-1796)
Les Hollandais pratiquèrent la dualité administrative comme les Portugais: un système pour les Tamouls, un autre pour les Cinghalais. Cependant, la plupart des documents officiels étaient rédigés soit en néerlandais soit en tamoul, le cinghalais étant ignoré. Les nouveaux colonisateurs introduisirent à leur tour le calvinisme; les missionnaires hollandais voulurent également imposer leur religion au sein de la population locale. Beaucoup de Tamouls et de Cinghalais se convertirent à la nouvelle religion pour des raisons économiques ou sociales. Puis, tous les autochtones, Tamouls comme Cinghalais, subirent la répression et la discrimination, tant de la part des «catholiques agressifs» que des «calvinistes militants». Au moment du départ des colons hollandais, tous les groupes bouddhistes et hindouistes avaient, dans une certaine mesure, adopté le discours et les méthodes du radicalisme religieux.
En cette fin du XVIIIe siècle, Français, Hollandais et Anglais exerçaient une concurrence féroce sur le plan commercial. Les Anglais décidèrent de s'attaquer aux possessions hollandaises et d'enlever l'île de Ceylan. Ils assiégèrent d'abord (septembre 1795) le port de Trincomalée (côte est tamoule) et s'en emparèrent au bout de huit jours. Avant la fin du mois d'octobre, tous les ports tamouls comme Mannar (côte ouest) et Batticaloa (côte est tamoule) furent enlevés. En février de l'année suivante, l'île tout entière passa aux Anglais.
- La colonisation britannique 1796-1948)
L'île de Ceylan fut annexée officiellement par les Britanniques, qui en firent une colonie de la Couronne en 1802. Dès lors, une seule administration unifiée vit le jour pour la première fois dans l'histoire de l'île. Après avoir vaincu les dernières résistances avec la prise du royaume de Kandy (au centre du pays), les Anglais développèrent les plantations de thé, de thé et d'hévéas. Afin de fournir de la main-d'oeuvre appropriée, les Anglais importèrent des Tamouls indiens dans leurs plantations.
Les Britanniques mirent en place un système d'écoles gérées par l'État et l'Église anglicane, écartèrent l'éducation bouddhiste traditionnelle et dépossédèrent ainsi les moines d'une de leurs plus importantes fonctions dans la société cinghalaise. Ils favorisèrent également la rupture des liens entre le bouddhisme et l'État, ce qui souleva des rancunes au sein de la communauté cinghalaise d'obédience bouddhiste. L'influence missionnaire anglicane suscita beaucoup moins d'hostilité chez les Tamouls hindouistes. Ce n'est certainement pas dû au hasard si les écoles tamoules furent mieux gérées et si dans l'ensemble les Tamouls furent plus instruits que les Cinghalais, firent des études supérieures, parlèrent mieux l'anglais et, par le fait même, furent fréquemment employés dans l'administration britannique. Par exemple, alors qu'ils constituaient 10 % de la population, les tamouls accaparaient plus de 30 % des postes universitaires; dans les principales facultés, ils comptaient même autant d'étudiants que les Cinghalais.
Cette discrimination souleva des réactions nationalistes chez les Cinghalais et suscita de fortes animosités envers les Britanniques et les Tamouls. Aux mouvements de résistance menés par les Cinghalais, Londres décida en 1931 d'octroyer une autonomie interne à l'île de Ceylan (ou Ceylon).
En 1944, le gouvernement britannique chargea la Commission Soulbury de trouver les moyens de transférer éventuellement le pouvoir entre les mains des Ceylanais, et ce, d'une manière équitable entre les deux ethnies principales de l'île. La communauté tamoule, pour sa part, réclamait 50 % de la représentation parlementaire pour les Cinghalais et 50 % pour les Tamouls. La Constitution Soulbury de 1947, qui énonçait les modalités de la décolonisation, ne retint pas les demandes des Tamouls, puisqu'elle préconisa, conformément au droit anglais qui prévoit une personne/un vote, une représentation de 65 % pour les Cinghalais et de 35 % pour les Tamouls. Elle favorisa le concept du gouvernement par la majorité cinghalaise et un système politique fortement centralisé; les droits des minorités n'y furent guère protégés. Bien que l'article 29 interdise toute discrimination sur la base de la religion ou de l'appartenance ethnique, aucune disposition ne garantissait l'indépendance du pouvoir judiciaire ou protégeait les droits fondamentaux de la minorité tamoule.
2 L'indépendance
L'île de Ceylan accéda à l'indépendance en février 1948 dans le cadre du Commonwealth. Malgré l'indépendance proclamée, l'île de Ceylan ne fut pas entièrement coupée de la Grande-Bretagne. Seule l'administration de l'île fut laissée aux Ceylanais, tandis que le gouvernement britannique détenait encore le pouvoir d'adopter des lois pour le Ceylan. Lors de l'accession à l'indépendance, le premier parlement de Colombo comptait 58 Cinghalais, 29 Tamouls et 8 musulmans. Les Cinghalais d'emblée dominèrent la politique, la justice, l'administration, l'armée et l'économie, ce qui provoqua au sein de la communauté tamoule une profonde animosité et les conforta dans leur crainte de voir s'instaurer dans le pays une «dictature par la majorité».
Ce pressentiment n'était pas sans fondement, car certains intellectuels cinghalais propageaient depuis longtemps le concept de la «mission» de la «race cinghalaise», comme en fait foi cette déclaration de D.C. Vijayawardhana dans The Revolt in the Temple (1953):
L'histoire du Sri Lanka est l'histoire de la race cinghalaise: le peuple cinghalais était chargé, il y a 2500 ans, d'une grande et noble mission: la préservation du bouddhisme. [...] Ainsi, la naissance de la race cinghalaise n'apparaîtrait pas comme un fruit du hasard, mais comme un événement prédestiné d'une grande importance et aux ambitions élevées. La nation semblait désignée, en quelque sorte, dès le début, pour porter haut durant cinquante siècles la lumière qui fut allumée par le grand penseur mondial (Bouddha) il y a 25 siècles.
Cette prétendue «grande et noble mission» de la «race cinghalaise» fut interprétée comme un fait historique par la population, puis utilisée par les dirigeants bouddhistes qui luttèrent pour perpétuer ainsi leur règne sur l'île. La plupart des politiciens cinghalais suivirent le mouvement, car tous sont devenus des otages de la hiérarchie bouddhiste qui détient, encore aujourd'hui, le pouvoir de vie et de mort sur toutes les carrières politiques.
Dès la première année de l'indépendance, le gouvernement cinghalais modifia la Loi sur la citoyenneté ceylanaise dans le but de diminuer le nombre de la représentation tamoule. Ainsi, le gouvernement supprima la citoyenneté à un million de «Tamouls des montagnes» — dont les ancêtres avaient été installés dans l'île par les Anglais, comme coolies, depuis 1827 — sous prétexte qu'ils étaient de descendance «indienne». De cette façon, les Cinghalais réduisirent d'un tiers la représentation tamoule au Parlement.
- La «dictature de la majorité»
En 1956, alors qu'il avait axé sa campagne électorale sur la primauté de la langue, de la culture et de la religion cinghalaises, le Sri Lanka Freedom Party (SLFP) ou Parti sri-lankais de la liberté prit le pouvoir avec l'appui de nombreux dirigeants bouddhistes. Le gouvernement adopta la politique du «Cinghalais seulement», laquelle était destinée à faciliter l'accès des bouddhistes à la fonction publique et à l'université. De plus, le gouvernement du Ceylan adopta une loi, la Official Language Act, déclarant que «le cinghalais est le langue officielle du Ceylan» et que «le bouddhisme est la religion de l'État».
Il n'y avait même plus de Tamouls au sein du gouvernement. Les Tamouls ne se reconnurent plus dans ce pays dont ils étaient politiquement exclus. Même les symboles de l'État, par exemple, le drapeau national, ne leur appartenaient pas. Ils ont brandi leur propre drapeau: le drapeau tamoul. En sanskrit traditionnel et dans la littérature pali, l'île est appelée Sinhaladvipa — le mot sinhala venant du mot cinghalais sinha (lion) — et depuis le XVe siècle un lion doré tenant une épée de commandement figure sur le champ cramoisi de la bannière de l'État. Drapeau cinghalais Drapeau tamoul
- La guerre civile et la sécession
Devant le bannissement du tamoul comme langue officielle et le sentiment d'être injustement traités par les pouvoirs en place, les Tamouls eurent une réaction violente: toute la population tamoule se souleva. C'est dès ce moment qu'est née chez les Tamouls la volonté de s'affranchir de l'État centralisateur et d'affirmer leur autonomie. Comme si le gouvernement cinghalais n'avait rien compris, il nationalisa en 1961 les écoles tamoules, ce qui obligea les Tamouls à apprendre le cinghalais. Tous ces faits favorisèrent l'émergence du militantisme tamoul. Depuis, les conflits ethniques entre Cinghalais et Tamouls déchirent périodiquement le pays, jusqu'à menacer son existence même.
Le conflit prit une nouvelle tournure à la fin des années soixante-dix, quand le principal parti politique de la communauté tamoule, le Front uni de libération des Tamouls, demanda la création d'un État indépendant dans les provinces du Nord et de l'Est. Même la Constitution de 1972, qui détachait définitivement l'île de Ceylan du Royaume-Uni, et la naissance de la République socialiste démocratique du Sri Lanka ne modifièrent pas les rapports entre Tamouls et Cinghalais. L'article 18 de la Constitution de 1978 déclarait que «la langue officielle du Sri Lanka est le cinghalais». Cependant, l'article 19 était énoncé comme suit: «Les langues nationales du Sri Lanka sont le cinghalais et le tamoul.» Cette disposition permettait d'accorder une place importante à la langue tamoule dans les provinces du Nord et de l'Est pour ce qui a trait à l'Administration, la justice et l'éducation.
Mais les Tamouls refusèrent de se laisser endormir par les promesses des Cinghalais. En 1974, les activistes politiques tamouls continuèrent de prôner la création, dans le nord du pays, d'un État séparé. L'Eelam tamoul devint le nom du pays rêvé par les Tamouls, tandis que les Cinghalais furent appelés mlechchas (les «impurs»).
À partir de 1983, les dissidents tamouls, regroupés au sein des Tigres de la libération de l'Eelam tamoul (LTTE) entrèrent en rébellion ouverte contre le régime de Colombo. La volonté de sécession fut exacerbée par les émeutes anti-tamouls, dont les actions se caractérisèrent par des attentats terroristes et des commandos-suicides. D'ailleurs, les dirigeants cinghalais en avaient pris leur parti et, comme en témoigne en 1983, J. R. Jayawardene, le président du Sri Lanka, ils ne se soucièrent plus des Tamouls:
Je ne me soucie pas de l'opinion du peuple tamoul... Maintenant, nous ne pouvons pas penser à lui, ni à sa vie ni à son opinion... Plus vous mettrez de pression sur le Nord, plus heureux sera le peuple cinghalais ici... Vraiment, si je peux priver de nourriture les Tamouls, le peuple cinghalais sera heureux. [Daily Telegraph, Colombo, 11 juillet 1983].
De leur côté, les Tamouls en vinrent à recourir à des des mesures désespérées. Depuis 1985 par exemple, les Tigres de libération de l'Eelam tamoul utilisèrent une unité appelée le «Women's Front»: des fillettes y effectuaient des missions suicides et portaient des capsules de cyanure à leur cou qu'elles devaient croquer en cas de capture. De leur côté, les forces de sécurité cinghalaises en vinrent à massacrer à l'aveuglette les Tamouls, tandis que la torture devint une pratique courante. Comme si ce n'était pas assez, les Cinghalais adoptèrent en août 1083 une modification à la Constitution du Sri Lanka, laquelle rendit vacants les sièges des parlementaires élus du peuple tamoul.
En 1987, après que les forces armées cinghalaises eurent mis fin à une offensive sur la ville de Jaffna (à l'extrême nord), les gouvernements de l'Inde et du Sri Lanka signèrent un accord (l'accord dit «indo-sri-lankais») qui prévoyait une action politique et militaire concertée en vue de mettre un terme au conflit dans le Nord. Dans un premier temps, les sécessionnistes tamouls acceptèrent de ne pas affronter les troupes indiennes, en échange de promesses d'autonomie, mais revinrent sur leur position. Cet accord «indo-sri-lankais» reconnaissait quelques concessions aux Tamouls et précisait que le tamoul et l'anglais étaient aussi des langues officielles. De fait, la Constitution de 1987 amenait des changements notables dans le domaine des droits de la minorité tamoule. Le tamoul devint l'une des deux langues nationales du Sri Lanka (articles 19 et 22). Le cinghalais reste la langue officielle et administrative dans tout le pays, sous réserve que le tamoul sera aussi utilisé comme langue administrative dans les provinces du Nord et de l'Est. Il y était également prévu de déléguer des pouvoirs administratifs à ces deux provinces. Celles-ci seraient temporairement unies pendant un an, après quoi les habitants de la province de l'Est pourraient, «à la discrétion du président», décider par référendum si elles souhaitaient former une unité administrative séparée. Mais on ne nota dans les faits aucun changement significatif dans les droits des Tamouls.
L'année suivante, ce furent les citoyens cinghalais qui, à leur tour, protestèrent contre la présence des «troupes étrangères» sur le territoire. Le président Premadasa, élu en 1989, fut assassiné en 1993, l'attentat étant attribué à un Tamoul. La guerre civile reprit, sauf pour un court cessez-le-feu de 14 semaines conclu en 1995. Le 26 janvier 1998, le gouvernement interdit le LTTE après un attentat suicide à Kandy, lieu saint du bouddhisme. Le clergé bouddhiste est toujours demeuré sur ses positions: il reste hostile à toute revendication tamoule.
- Vers le fédéralisme ?
Le 3 août 2000, afin de mettre fin à la guerre, le gouvernement du Sri Lanka présenta au Parlement un projet de Constitution fédérale accordant une importante dévolution de pouvoirs aux Tamouls. Ce projet constitue sans doute, depuis le début de la rébellion en juillet 1983, le premier geste déterminant effectué par un gouvernement sri-lankais (ou cinghalais) envers les Tamouls, qui se plaignent de la discrimination de la communauté majoritaire cinghalaise. L'article 1 déclare ce qui suit:
Article 1
Le Sri Lanka est une république souveraine et est connue comme la république de Sri Lanka. La république de Sri Lanka est une union indissoluble de Régions.
Toutefois, l'autonomie dont il est question n'est pas l'indépendance, car le gouvernement propose aux Tamouls une forme de fédéralisme, d'ailleurs «indissoluble». C'est pourquoi les Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) ont rejeté cette révision constitutionnelle et ont réclamé à nouveau l'indépendance pure et simple. Pour sa part, le gouvernement avait prévenu que, si les Tamouls rejetaient ces propositions, la guerre allait continuer. Pour le moment, personne n'arrive à voir la fin de cette guerre dans la mesure où personne n'arrive à voir qui pourrait bien la gagner. Cette guerre «ingagnable» ni par un camp ni par l'autre obligera un jour à négocier. Mais Dieu seul sait quand.
Selon les statistiques officielles du gouvernement sri-lankais, quelques 20 000 rebelles tamouls auraient été tués en 15 ans de conflit (depuis 1985) entre la guérilla des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) et les troupes gouvernementales; pour leur part, les rebelles ont fait état de 16 000 morts. Depuis 1995, plus d'un demi-million de Tamouls de Jaffna (ville du Nord) sont sur les routes de l'exode: habitations détruites à 80 % dans la ville même de Jaffna, pénuries de vivres, d'électricité et de médicaments, massacres, viols, enlèvements, torture, destructions, etc. Certains parlent de «génocide» et d'«épuration ethnique» menés par les forces cinghalaises à l'encontre du peuple tamoul. La région demeure complètement fermée au reste du monde. En décembre 2000, la présidente du Sri Lanka (Chandrika Kumaratunga) déclarait dans une entrevue accordée en français à la presse occidentale: «Je n'arrive toujours pas à comprendre comment une société civilisée comme la nôtre a pu devenir si animale, si bestiale.»
Pourtant, ce n'est pas si difficile à comprendre. Le colonialisme luso-hollando-britannique a implanté l'antagonisme religieux et ethnique dans l'île. Au lendemain de l'indépendance, les Cinghalais ont voulu reprendre ce qu'ils estimaient comme le «terrain perdu» et ont réduit considérablement les droits des Tamouls en instaurant la «dictature de la majorité». Or, ce n'était certainement pas de cette façon qu'ils espéraient favoriser la paix dans le pays. Les Tamouls se sont radicalisés, le clergé bouddhiste également qui représente la religion d'État. Les conflits ethniques ont dégénéré en guerre civile, une guerre civile enlisée et sans issue parce que les deux camps sont fortement armés. Le gouvernement maintient indéfiniment un régime d'urgence et applique une série de lois anti-démocratiques qui servent à imposer essentiellement la loi martiale dans le Nord et dans l'Est, d'emprisonner sans procès des centaines de Tamouls et à intimider les médias et ses adversaires politiques. Parce que le pays est «sous un régime de guerre», le gouvernement cinghalais est justifier d'imposer des lois interdisant les grèves, les réunions publiques et les protestations, et une censure de tous les médias. Plusieurs journaux ont été fermés pendant que l'État engloutit 40 % de ses revenus dans l'«effort de guerre». Le militarisme et le chauvinisme cinghalais coûtent cher!
En somme, au lendemain de l'indépendance, les Cinghalais ont fonctionné en terme d'«État-nation», alors que la structure sociale du pays était manifestement binationale. L'échec était d'autant plus prévisible que cette politique d'uniformisation se réalisait sur une base autocratique. Dès lors, le recours à la violence était inévitable. De plus, loin d'enrayer les mouvements d'émancipation tamoule, la mobilisation cinghalaise ne réussit qu'à les renforcer et les confirmer dans leur volonté de rupture avec cet État-nation dont les Tamouls étaient exclus. Ce processus s'apparente à d'autres cas semblables dans le monde tels que le Soudan, Israël, le Kosovo de Slobodan Milosevic, l'Indonésie, l'Irak, etc.
Fait troublant: lorsque le tsunami du 26 décembre 2004 a déferlé sur le Sri Lanka en faisant plus de 30 000 morts, les autorités cinghalaises se sont laissé traîner les pieds avant de secourir le Nord tamoul. Les Tigres pour la libération de l'Eelam tamoul ont reproché au gouvernement sri-lankais de tarder à envoyer de l'aide aux zones tamoules. Évidemment, Colombo a affirmé qu'il n'y avait aucune discrimination dans la distribution de l'aide, entre le Nord tamoul et le Sud cinghalais. Les Tigres de libération ont même accusé le gouvernement de ne pas laisser passer les dons privés envoyés vers ces régions, car l'armée sri-lankaise avait envahi tous les centres de charité et exigé que les approvisionnements d'urgence lui soient remis et pas directement à la population. Le ministère de la Défense a repoussé ces accusations, affirmant que ses services cherchaient simplement à assurer une distribution équitable de l'aide. La situation réelle dans les territoires du Nord reste difficile à vérifier parce que le gouvernement sri-lankais restreint l'accès aux régions tamoules. La président du Sri Lanka serait personnellement intervenue pour empêcher le secrétaire général de l'ONU de se rendre dans le Nord-Est pour éviter que les Tigres n'exploitent cette visite à des fins politiques. On peut espérer que, grâce aux tsunamis, le monde s'intéressera peut-être davantage au Sri Lanka, ce qui contribuerait à résoudre le conflit entre Tamouls et Cinghalais.
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